Consultance résiliance producteurs agricoles face aux changements climatiques au Cameroun

  • Added Date: Tuesday, 10 March 2020
  • Deadline Date: Tuesday, 31 March 2020

Etude sur la résilience des producteurs agricoles du Septentrion Camerounais face aux changements climatiques

1. Contexte et justification

Le Cameroun « Afrique en miniature », pays de l’Afrique Centrale est caractérisé par un environnement naturel riche et diversifié. En 2018, Sa population est estimé à 23,7 millions d’habitant par le BUCREP et le INSC à travers une croissance démographique de 2,37% annuel depuis les derniers recensements de la population en 2005[1].

Pays à Faible Revenu et à Déficit Vivrier (PFDRV), le Cameroun est classé au 153e rang sur 188 pays. ECAM 4 estime à 60% l’effectif de sa population considérée comme pauvre et 70% dépendent des activités agricoles. La pauvreté, les aléas climatiques et les conflits internes et externes ont eu comme conséquence d’accentuer la vulnérabilité chronique de ses institutions et la pression sur les ressources naturelles. Cette situation met la population dans une situation de précarité (voir de pauvreté) de plus en plus persistante, particulièrement dans la région de l’Extrême Nord.

Situé dans la partie septentrionale, l’Extrême Nord Cameroun est l’une des régions les plus vulnérables du pays. Considérée comme la région la plus pauvre (87% au-dessus de la moyenne nationale), elle est le siège des attaques du groupe armé de l’Etat Islamique en Afrique de l’Ouest (EIAO) depuis 2013. Ces exactions sont venues renforcées la problématique des changements climatiques déjà vécue depuis plus d’une décennie et affectant principalement les populations en milieu rural.

Depuis quelques années, son agriculture souffre de problèmes récurrents tels que le manque de sources d’eau permanentes, la dégradation avancée des sols accrue par une faible gestion de la fertilité et le délaissement du secteur agricole par les institutions publiques. L‘insécurité au niveau des frontières occasionne régulièrement des déplacements de population et une forte pression sur les ressources naturelles des communautés d’accueil. Les attaques répétées des groupes armés empêchent les agriculteurs de mener leurs activités agricoles, et entraînent parfois la destruction des moyens de production, des récoltes et du bétail.

C’est également la région dans laquelle le taux de malnutrition (33,7%) est supérieur à la moyenne nationale. Ceci pourrait se justifier en partie par un bilan céréalier déficitaire depuis quelques années. De plus, la pluviométrie est instable dans certains départements à forte capacité de production agricole de cette région (périodes de sécheresse de plus en plus répétitives pendant la saison des pluies). Tenant compte de tous ces facteurs, la situation des producteurs s’avère précaire et leur capacité de résilience particulièrement vulnérable face aux aléas climatiques, ce qui a un impact négatif et chronique sur leur capacité de production et leurs moyens d’existence.

Pour pallier à cette situation, un consortium constitué d’Action contre la Faim (ACF), la Croix-Rouge Française (CRF), Première Urgence Internationale (PUI), CARE International et Solidarités International (SI), a reçu un financement de l’Union européenne à travers le Fond Fiduciaire d’Urgence pour l’Afrique, pour la mise en œuvre du Programme RESILI(A)NT (Redressement Economique et Social Inclusif et de Lutte contre l’Insécurité Alimentaire et Nutritionnelle des Territoires du Nord Cameroun). Ce projet intervient depuis juillet 2017 et sur une période de 42 mois dans douze (12) communes des régions du Nord et de l’Extrême Nord que sont Garoua III, Pitoa et Ngong (Nord) et Gazawa, Hina, Kousseri, Koza, Mokolo, Mozogo, Ndoukoula, Soulédé Roua,Tokombéré (Extrême Nord). A travers une réponse intégrée à la problématique des mouvements de populations constatée dans ces zones, le RESILIANT vise à contribuer à la stabilité de la région. Ses secteurs d’interventions sont l’eau, hygiène assainissement (EHA), la sécurité alimentaire et moyens d’existence (SAME), la santé-nutrition, la gouvernance locale et le plaidoyer.

De manière globale, son action vise à contribuer au renforcement de la résilience des populations vulnérables à l’insécurité nutritionnelle dans le septentrion camerounais tout en contribuant à la cohésion sociale. L’action proposée se décline en trois objectifs spécifiques :

  • OS1 : Améliorer la situation sanitaire et le statut nutritionnel des populations vulnérables, en particulier les femmes enceintes et allaitantes et les enfants de moins de 5 ans ;

  • OS2 : Améliorer l’accès des communautés aux opportunités économiques et à une alimentation adéquate de manière durable et sensible à la cohésion sociale ;

  • OS3 : Favoriser l’appropriation, la pérennisation et la mise à l’échelle des bonnes pratiques par les institutions locales et nationales.

2. Objectifs de l’étude

Cette étude a pour but de comprendre et d’analyser la capacité d’adaptation des agriculteurs de l’Extrême Nord face aux défis du changement climatique. Pour comprendre cette capacité de résilience et d’adaptation des producteurs dans cette région, il est pertinent de :

(a) Recueillir les différentes perceptions qu’ont les producteurs agricoles des changements climatiques de façon tendancielle et en relation avec les différentes campagnes agricoles**.** Cela inclura, entre autres, l’évolution de la fréquence et l’intensité des sécheresses, la variabilité de la pluviométrie, l’évolution de la disponibilité en eaux de surface et souterraines, l’évolution de la fertilité des sols, les différentes formes d’érosion observées, l’apparition de nouvelles maladies culturales, de ravageurs ou d’adventices.

(b) Analyser le niveau d’exposition des ménages/cultivateurs face à ces changements. Celui-ci s’appuiera sur des variables telles que l’environnement naturel, institutionnel et socio-économique des ménages, l’accès aux services de base, ainsi que sur le contexte de vulnérabilité (chocs climatiques, sanitaires, économiques, conflits…).**

(c) Recenser et analyser les différents mécanismes de résilience mis en place par les cultivateurs face aux aléas climatiques. Il s’agira notamment d’identifier les comportements, activités et pratiques adoptées, et d’évaluer leurs effets d’un point de vue agronomique (performances de la production), environnemental (durabilité de l’exploitation des ressources naturelles) et socio-économique (impact de l’application de ces pratiques sur les systèmes de production).**

(d) Analyser les déterminants des capacités de résilience des producteurs et leur ménage. Cette analyse s’appuiera sur le cadre des moyens d’existence durables2.**

(e) Réaliser une typologie des ménages agricoles selon les facteurs de différenciation clés en lien avec leurs moyens d’existence, leur vulnérabilité face aux aléas climatiques et les stratégies adoptées.**

(f) Formuler des recommandations programmatiques permettant d’améliorer la prise en compte des formes de résilience spécifiques au contexte septentrional camerounais et tenant compte des particularités des micro-zonages agro écologiques. Elles mettront en évidence les bonnes pratiques à renforcer ou développer dans des éventuelles futures interventions. Ces recommandations seront issues des stratégies endogènes observées chez les producteurs et de connaissances empiriques et scientifiques.

(g) Restituer les résultats. Une séance de restitution sera faite au niveau régional (Maroua) et national (Yaoundé) aux partenaires du RESILIANT et aux différentes parties prenantes et informateurs clés (services techniques de l’Etat, ONGi et OSCs partenaires…) ;**

3. Résultats attendus

A l’issue de cette étude, les résultats suivants sont attendus :

  • Une situation de référence est dressée dans les différentes zones étudiées (correspondant aux conditions climatiques normales selon les producteurs agricoles et les données secondaires existantes) ;

  • Les changements climatiques et leurs effets sur l’agriculture sont caractérisés ;

  • Une typologie des producteurs est produite et permet de caractériser leurs moyens d’existence et leurs vulnérabilités ;

  • Une liste des différentes activités (agricoles et non agricoles) menées par les ménages et leurs impacts sur la résilience des producteurs est élaborée ;

  • Les stratégies d’adaptation mises en place par les producteurs en réponse au changement climatique sont analysées ;

  • L’impact attendu de l’introduction de pratiques adaptatives et/ou innovantes au sein des systèmes de production et de leur environnement est évalué ;

  • Des recommandations sur les différentes stratégies d’adaptation durables et adaptées au contexte sont formulées.

4. Méthodologie indicative (possibilité d’adaptation sous réserve de validation par le projet):

La conduite de l’étude comprendra les activités suivantes :

  • Réunion de cadrage avec l'équipe du projet. Cette réunion permettra de faire une lecture croisée entre les termes de référence (TDR) et la note technique afin d'affiner la cohérence entre la demande et la proposition. Au terme de cette réunion de cadrage, la démarche méthodologique sera affinée et détaillée ;

  • Revue de la littérature (données secondaires), rencontre d’acteurs clés : Etat des lieux des effets du changement climatique, actions entreprises par l’Etat, les ONG, les OSC et acteurs privés, identification des pratiques communes dans la zone et des adaptations des producteurs agricoles face au changement climatique ;

  • Visite d’exploitations familiales (production vivrière, céréalière, maraîchage, élevage, agroforesterie, pratiques de conservation des eaux et des sols…) : Analyse des systèmes de production et de leur évolution en lien avec les changements climatiques, évaluation de leurs contraintes et opportunités et élaboration d’une typologie des ménages agricoles. Ce travail s’effectuera par observation directe et par des entretiens semi-structurés avec des producteurs et cadres techniques ;

  • Modélisation de systèmes d’exploitations intégrant les stratégies d’adaptation les plus pertinentes : projection de l’impact attendu de l’introduction de pratiques adaptatives et/ou innovantes dans les systèmes de production et leur environnement ;

  • Restitution et validation des principales analyses avec les agriculteurs ;**

  • Restitution des résultats préliminaires et des recommandations programmatiques principales de l’étude aux partenaires du RESILIANT, au niveau régional (Maroua) et national (Yaoundé).

5. Couverture géographique de l’étude

L’étude couvrira l’ensemble des communes du projet RESILI(A)NT, des régions du Nord et de l’Extrême Nord Cameroun, à savoir : Garoua III, Pitoa et Ngong (Nord) et Gazawa, Hina, Kousseri, Koza, Mokolo, Mozogo, Ndoukoula, Soulédé-Roua, Tokombéré (Extrême Nord).

Néanmoins, en raison de contraintes temporelles et logistiques, le consultant peut proposer de choisir et/ou mettre l’accent certaines communes (pertinence, comparaison, faisabilité), et de ne pas nécessairement couvrir l’ensemble des 12 communes lors des visites terrain.

6. Considérations techniques

L'étude sera axée sur les différents mécanismes de résilience développés par les agriculteurs et capables d’améliorer leur capacité d’adaptation aux changements climatiques. L’analyse se focalisera sur les pratiques pertinentes permettant aux ménages d’améliorer leurs conditions de vie, de subvenir à leurs besoins alimentaires, de générer des revenus tout au long de l’année et de préserver durablement les ressources naturelles.

Les recommandations devraient prendre en compte le double défi du changement climatique (climat instable, tendances de pluies rares et irrégulières, forte érosion pluviale) et de la sécurité (dans les zones impactées par les conflits armés). Elles devront également être cohérentes avec les politiques publiques sur l’agriculture, l’élevage et les ressources naturelles.

Le(s) consultant(s) travaillera(ront) en étroite collaboration avec la coordination du consortium (ACF) et les partenaires du RESILI(A)NT et tous les autres acteurs concernés dans l’exécution de sa tâche. Cela garantira la participation des acteurs concernés et la cohérence de la mise en œuvre tout au long de l’étude.

7. Questions transversales

Tout au long des processus de planification et de conduite de l’étude, les questions de genre (parité hommes-femmes), les normes, convictions et préoccupations en matière de protection doivent être traitées conformément aux principes et politiques de d’Action Contre la Faim et ses partenaires.

Le changement climatique et les conséquences socio-politiques de la crise sécuritaire dans la zone ciblée seront des problématiques transversales à prendre en compte tout au long de l’étude.

8. Livrables

Le / les consultant (s) devra (vront) fournir la méthodologie d’étude proposée pour examen et validation par le projet (cellule technique et administrative). L’équipe technique ACF / RESILIANT fera ses retours techniques jusqu’à l’approbation finale dans un délai de deux semaines.

Les autres livrables clés comprendront (à la fois en version papier et électronique) :

  • Copies d'outils à utiliser ;

  • Données brutes (data) ;

  • Cartographie des différents évènements climatiques vécus (érosions, sécheresse, inondations) et les impacts sur les moyens d’existence des producteurs ;

  • Une synthèse des stratégies d’adaptation durable aux changements climatiques axées sur les savoirs locaux ;

  • Présentation lors de l’atelier de restitution/validation auprès des agriculteurs ;

  • Présentation lors de l'atelier de validation des résultats préliminaires ;

  • Rapport provisoire incluant les analyses et recommandations principales ;

  • Rapport final incluant l’ensemble des résultats attendus.

9. Calendrier indicatif

La durée prévue du contrat est de 1,5 mois, de mi-Mars à fin Avril 2020 (au plus tard, possible de proposer plus tôt). Le consultant travaillera pour Action Contre la Faim à plein temps à Maroua, avec des déplacements réguliers. Le consultant sera principalement basé à Maroua, avec des déplacements fréquents sur le terrain dans les zones d’intervention du projet (Extrême-Nord et Nord).

Le tableau ci-dessous présente un calendrier provisoire prévisionnel :

Activités

Nb de jours calendaires

Revue de littérature – Préparation – Revue TDR: 2 jours

Rencontre avec l’équipe du projet: 1 jour

Rencontre d’acteurs clés – Partage du rapport de démarrage: 3 jours

Développement des outils de collecte de données – formations des équipes impliquées dans la collecte de données: 2 jours

Travail de terrain – visite d’exploitations, entretiens…: 15 jours

Nettoyage des données/analyse: 3 jours

Ateliers de restitution (Maroua et Yaoundé): 2 jours

Rédaction du rapport et développement d’une première version de modules de formation techniques: 5 jours

Réponse aux commentaires sur le rapport provisoire – Rendu du rapport final:4 jours

Nombre total des jours: 37 jours

10. Gestion du (des) consultant(s)

Le consultant travaillera en lien avec le Chef de projet SAME ACF, le Point Focal SAME RESILIANT, et avec l’appui des équipes terrain RESILIANT. La Coordinatrice Consortium RESILIANT sera le point focal du consultant pour la coordination globale de l’activité et les aspects contractuels (soumission des livrables, paiement, etc). Le Responsable de Département SAME ACF et la Coordinatrice SANME PUI seront également impliqués dans l’appui technique au consultant.

11. Considérations éthiques et légales

La propriété de l'ébauche et de la documentation finale appartient à Action Contre la Faim et au bailleur de fond du projet (Agence Française de Développement). Le document, ou la publication qui s'y rapporte, ne sera partagé avec personne sauf Action contre la faim avant la remise par Action Contre la Faim du document final à l’Agence Française de Développement. Action Contre la Faim sera le principal destinataire de l'analyse et ses résultats pourraient avoir une incidence sur les stratégies opérationnelles et techniques. Ceci étant dit, Action Contre la Faim partagera les résultats de l'analyse avec les groupes suivants:

  • Bailleur(s) de fond(s) ;

  • Autres ONGs ;

  • Services techniques de l’Etat ;

  • Divers organes de coordination.

Pour les consultants indépendants, il est important que le consultant n’ait aucun lien avec la gestion de projet ni aucun autre conflit d’intérêts pouvant nuire à l’indépendance de l’activité.

12. Propriété intellectuelle

Toute la documentation relative à la mission (qu’elle soit ou non dans le cadre de ses fonctions) reste la propriété exclusive d’Action Contre la Faim.

13. Profil du (des) consultant (s)

· Maîtrise (master II) dans une discipline liée à l'agriculture, l'agroéconomie, la sociologie rurale ou une autre discipline pertinente, ou expérience de travail équivalente tenant lieu de diplôme ;

· Expérience confirmée (au moins 10 ans) en programmation liée à l'agriculture et aux actions de résilience :

· Expérience dans la réalisation d'au moins deux études sur l'agriculture durable et / ou respectueuse du climat dans des zones climatiques similaires, dont au moins une en tant que consultant principal ;

· Engagement fort en faveur du renforcement des capacités du personnel national et des partenaires, avec la volonté d'adopter une approche participative et consultative.

· Vaste expérience de la gestion et de l’analyse de données, notamment de la conception d’outils de collecte de données, de la conception et de la gestion de bases de données et des contrôles de la qualité des données ;

· Vaste expérience en analyse qualitative et en analyse socio-économique des systèmes d'exploitation agricole ;

· Compréhension solide du rôle de l'agriculture durable dans le développement des communautés rurales ;

· Expérience solide dans l'application de méthodes participatives de collecte et de validation de données et dans la recommandation de solutions spécifiques au contexte et adaptables à la communauté ;

· Bonnes aptitudes interpersonnelles et aptitude à communiquer et à négocier clairement et efficacement à tous les niveaux, en tenant compte des difficultés culturelles et linguistiques avec tact et diplomatie ;

· Discipline personnelle forte et capacité à respecter les délais, même sous pression.

· Capacité à communiquer efficacement en français (oral et écrit).

· Capacité à communiquer efficacement dans au moins une des langues locales (Fulfulde, Mada, Zoulgo, Mouyang, Mandara, Kanouri, Mafa, etc.) serait un atout ;

· Capacité de travailler en équipe, d'être patient, adaptable, flexible et capable d'improviser et de travailler dans un environnement potentiellement volatile ;

· Volonté de voyager dans des circonstances difficiles ;

· Comprendre le contexte social et économique du Nord et de l’Extrême Nord Cameroun est un atout supplémentaire ;

· Une expérience pertinente dans des études similaires dans la zone ciblée est un atout ;

· Expérience internationale est indispensable.

[1] Enquête Camerounaise auprès des Ménages 4.2014

[2] Approche de DFID

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